

Le modèle de développement qui sous-tend les interventions d’UPA DI mise sur le renforcement des capacités de tous les acteurs, de la base jusqu’à la cime des organisations paysannes. On crée ainsi un effet d’entraînement transversal bien plus efficace que les traditionnels efforts de « motivation » de la base par l’élite. Chacune de ses fibres étant ainsi renforcée, c’est le tissu même du milieu paysan qui s’en trouve consolidé. Ce modèle a inspiré le programme Les Savoirs des gens de la terre (LSGT).
LSGT est un programme intégré de formation et de développement de l’agriculture par les paysannes et paysans. Il vise à les rejoindre au cœur de leur village afin qu’ils puissent s’affirmer, individuellement et collectivement, en tant qu’artisans du développement de l’agriculture et faire ainsi de cette dernière le principal moteur du développement rural. Inspirée par une vision du développement centrée sur la personne, l’approche LSGT place les participants au cœur de la démarche d’apprentissage.
C’est en renforçant le savoir, le savoir-faire et le savoir-être des participants à tous les niveaux du milieu paysan que peuvent évoluer les capacités des gens à prendre en main leur propre développement. Toute cette démarche s’appuie sur une analyse, une compréhension des forces en présence et la valorisation des potentialités du milieu.
UPA DI a lancé la phase expérimentale de LSGT au Sénégal, en 2004, avec deux organisations paysannes partenaires, soit l’Union des groupements paysans de Mekhé (UGPM) et la Fédération des périmètres autogérés (FPA). En tout, ce sont 40 membres de deux groupements villageois et 50 leaders de deux organisations faîtières qui ont été sélectionnés pour participer à l’expérience. Le programme est dispensé en collaboration avec une organisation de formation sénégalaise, le Centre interprofessionnel pour la formation aux métiers de l’agriculture (CIFA).
La formation est dispensée sur la base de sessions de formation régulières de courte durée. Un fonds de développement vient appuyer la formation et soutenir des réalisations concrètes afin d’assurer la pérennité des acquis de la formation. Au niveau individuel, les participants mettent en pratique leurs apprentissages en réalisant un projet d’amélioration de leur exploitation agricole. Au niveau du groupement villageois et de l’organisation faîtière, ils conçoivent et mettent en œuvre un projet de consolidation ou d’amélioration des services offerts à l’ensemble des membres. L’accompagnement de cette démarche, sur une période de trois ans pour les paysannes et paysans et de cinq ans pour leurs organisations, favorise également l’enracinement des résultats dans le milieu et leur pérennité bien au-delà de LSGT.
Il est prouvé qu’en se regroupant, les agricultrices et agriculteurs peuvent non seulement défendre leurs intérêts avec plus de force, mais aussi jouir de meilleures conditions de vente et de meilleurs revenus. Les systèmes collectifs de mise en marché en font foi, comme le démontre l’exemple de Faso Jigi avec l’appui du Projet d’appui à la commercialisation des céréales au Mali (PACCEM).
La libéralisation du marché céréalier a permis au Mali, dans les années 1990, de passer d’un déficit céréalier à une situation d’autosuffisance. Les paysans, désormais responsables de vendre leurs propres céréales, se heurtaient cependant à un environnement qui leur était totalement défavorable, ce qui se manifestait entre autres par la distorsion des prix du marché, un faible pouvoir de négociation face aux acheteurs et la difficulté d’accéder au crédit. En 1995, une quinzaine de groupements villageois des zones de Ségou, Niono et Bla ont décidé de se regrouper pour mieux faire face à ces problèmes. Deux ans plus tard, avec l’appui d’UPA DI, ils fondaient Faso Jigi, l’Espoir d’un peuple.
Une fois structurée, l’organisation a instauré un programme de paiements anticipés. Ce programme permet à chaque membre de recevoir, en début de campagne, un prêt correspondant à 60% de la valeur des céréales qu’il s’engage à livrer à l’organisation, les 40% résiduels étant payés à la livraison des céréales. Pour ce faire, l’organisation garantit les prêts des producteurs auprès des institutions financières. En négociant au nom de ses membres, l’organisation leur donne accès à des taux d’intérêts plus avantageux que ceux offerts sur le marché. Faso Jigi étant avant tout une organisation de mise en marché, elle centralise toutes les céréales livrées par ses membres et les vend pendant les périodes favorables. Si le prix obtenu est supérieur au prix anticipé, les membres reçoivent des ristournes.
Les membres de Faso Jigi qui sont victimes de sinistres bénéficient d’un sursis qui leur permet de différer le remboursement du paiement anticipé, sans intérêt supplémentaire. Ceci est possible grâce au fonds de sécurité que l’organisation alimente en prélevant un certain pourcentage du prix de vente des céréales. Ce fonds permet aussi de protéger les producteurs des éventuelles chutes des prix.
UPA DI, qui a accompagné ces producteurs depuis la mise en place de leur organisation et partagé avec eux l’expérience des producteurs québécois, a été le témoin privilégié de l’évolution de Faso Jigi. Considérée comme l’une des organisations paysannes les plus importantes du Mali, elle compte environ 4 000 membres regroupés en plus de 120 coopératives de producteurs de céréales et une douzaine de groupements de femmes productrices d’échalotes. En 2005-2006, son chiffre d’affaires annuel était de 1,8 milliards de Fcfa (environ 4,2 millions $ CAN) et son fonctionnement était entièrement autofinancé grâce aux contributions de ses membres. Un bel exemple de solidarité qui a permis aux producteurs membres d’augmenter leur revenu net d’environ 25% en cinq ans et ce, sans induire de hausse de prix à la consommation.
La filière karité appuyée par le Projet d’appui aux filières bioalimentaires au Burkina Faso (PAFBBF) illustre bien la façon dont UPA DI développe et soutient l’approche filière.
Au Burkina Faso, la production d’amandes et de beurre de karité est effectuée par des femmes et représente une source de revenus importante pour ces dernières. La filière karité a bénéficié d’une attention particulière de la communauté internationale ces dernières années et, par conséquent, a attiré beaucoup d’acteurs dont les modes d’intervention sont très diversifiés, pour ne pas dire divergents. L’approche filière, telle que pratiquée par UPA DI, est basée sur la concertation et la participation active de chacun de ces acteurs. Elle permet à un groupe d’intervenants, appelés opérateurs, de se donner une vision commune de développement pour un produit particulier, un plan d’action structuré et concret et, enfin, un plan de mise en œuvre, de suivi et de réajustement des activités.
UPA DI mise à la fois sur une approche horizontale et verticale de la filière :
La dimension verticale vise à dynamiser le travail en filière. Il en est la colonne vertébrale. Pour ce faire, l’approche concertation a été mise de l’avant. Cette approche vise, dès le départ, à impliquer tous les intervenants d’une filière en fonction d’un objectif commun. Les secteurs de la production, de la transformation, de la distribution et du commerce y sont représentés. Un représentant de l’État est aussi présent, d’une part pour que les législations et règlementations à venir tiennent compte de la vision commune de tous les opérateurs et, d’autre part, pour que soient apportés un support technique et des informations sur les marchés.
L’approche horizontale vise à appuyer le développement organisationnel et la professionnalisation des intervenants. Elle vient supporter la colonne vertébrale qu’est la dynamique de concertation. Pour que le milieu soit à la fois bien représenté et représentatif, il faut qu’il y ait regroupement par centres d’intérêts. L’association permet une meilleure diffusion de l’information, une communication transparente, une formation adaptée, une implication des gens à la base et, en bout de ligne, une plus grande cohésion des efforts pour créer un réel effet de levier.
La table filière karité est très dynamique et mène ses activités en fonction d’un plan de développement établi depuis plusieurs années. Il vise principalement l’amélioration de la qualité des produits destinés à deux marchés. Le premier est celui de l’amande brute, vendue principalement sur les marchés internationaux. Le second est celui du beurre de karité, qu’il soit commercialisé localement ou à l’étranger. Grâce au PAFBBF, une partie de ce beurre est désormais certifié biologique et vendu à l’industrie cosmétique. Ce sont les femmes productrices et transformatrices qui bénéficient de cette valeur ajoutée.
Fort de l’image positive générée par la dynamique de concertation, un nouvel opérateur a démarré des travaux visant l’implantation d’une usine de transformation des amandes en beurre de karité. Le propriétaire de la nouvelle usine a bien pris soin d’étudier, avec les groupements se trouvant dans sa zone de production et dans deux régions de grandes productions, la possibilité de partenariats d’affaires pour l’approvisionnement de l’usine en amandes de karité. Plusieurs de ces groupements sont membres de la table filière karité et pourront bénéficier d’appui pour des négociations « gagnant-gagnant ».
Pour bien se développer, l’agriculture doit bénéficier d’un encadrement législatif adéquat. Par exemple, au Québec, des politiques agricoles sur le crédit agricole et la mise en marché collective ont permis la mise en place de certains outils nécessaires pour professionnaliser l’agriculture familiale et favoriser l’obtention de revenus plus décents pour ses artisans. UPA DI s’inspire de ce modèle dans ses interventions au niveau des pays en développement.
Le Projet d’appui au développement des compétences de leaders d’Afrique de l’Ouest (PADCLA) est un bon exemple d’appui au développement de politiques. Ce projet visait à appuyer les sept pays ciblés dans le renforcement de leurs positions à l’égard des négociations sur le commerce agricole ayant lieu à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Par le biais d’activités de formation et de matériel de vulgarisation, UPA DI a contribué à ce que les dirigeants des organisations professionnelles agricoles (OPA) participantes s’initient au processus de négociations mondiales et puissent dialoguer avec leurs représentants gouvernementaux afin de mieux analyser les enjeux et d’articuler des positions communes. Le PADCLA a réussi à améliorer le niveau d’information des OPA participantes et à leur donner plus de confiance pour revendiquer la place qui leur revient dans les tribunes internationales. Il a également mobilisé les OPA autour des enjeux de l’OMC. La participation d’un certain nombre de leaders agricoles ouest-africains à la rencontre de l’OMC à Hong Kong en décembre 2005 en fait foi. Les OPA ouest-africaines ont également joué un rôle fondamental dans le processus ayant mené à la remise d’une déclaration sur la souveraineté alimentaire au directeur général de l’OMC et au président du comité sur les négociations agricoles le 22 mars 2006 à Genève, déclaration signée par des OPA provenant de 52 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique.
UPA DI peut parfois collaborer directement avec les représentants de l’État pour les appuyer dans le développement de politiques. Ce fut le cas notamment au Mali. UPA DI appuie depuis une dizaine d’années Faso Jigi, une organisation paysanne située dans la région de Ségou au Mali. Grâce à un système collectif de mise en marché, les paysans membres de cette organisation obtiennent des prix plus justes pour leur production céréalière. En entreposant les céréales récoltées et en étalant leur vente durant toute l’année, Faso Jigi contribue aussi à la sécurité alimentaire de la zone. En octobre 2005, UPA DI était approchée par le Commissariat à la sécurité alimentaire du pays afin de voir comment l’action collective, telle que menée par Faso Jigi dans la région de Ségou, pourrait être reproduite dans d’autres régions. Le mandat confié devait aussi permettre d’évaluer dans quelle mesure les organisations paysannes qui gèrent des systèmes collectifs de mise en marché pourraient contribuer de façon plus significative à la sécurité alimentaire du pays. À cette même époque, le Mali s’est retrouvé en situation de déficit céréalier sévère. L’Office des produits agricoles du Mali a sollicité Faso Jigi afin de lui acheter des céréales, ce qu’elle s’est empressée d’accepter. Ce type de collaboration représente un échelon de plus dans la promotion de l’action collective à titre d’élément clé de la souveraineté alimentaire, un principe qu’UPA DI promeut activement.
Qui de mieux qu’un producteur agricole pour en comprendre un autre? UPA DI croit fermement au pouvoir de la coopération de paysans à paysans. Une grande partie des savoirs nécessaires à la professionnalisation de l’agriculture est tacite et ne peut être partagée que par un contact direct entre gens de la terre. De plus, en tissant un réseau de coopération de paysans à paysans, ces derniers arrivent à défendre avec plus de force leurs intérêts et leurs droits.
Falilou Diagne, président de l’Union des groupements paysans de Mekhé (UGPM) au Sénégal, a été accueilli au cours de l’été 2005 par Sarah Gilbert et Stéphane Vaillancourt de Compton lors du programme de stage « Viens marcher ma terre ». Une réelle symbiose s’est développée lors de ce séjour entre la famille Vaillancourt et Falilou. « On n’avait plus de salive, tellement on parlait! », raconte Stéphane. Quand Falilou a invité la famille Vaillancourt à venir le visiter au Sénégal, ils ont accepté sans hésiter. Les parents de Stéphane ont également décidé de se joindre à l’expédition, un voyage entièrement financé par la famille elle-même. « C’est notre bénévolat », explique Stéphane. « Falilou a été pour nous une source d’inspiration et nous souhaitons l’être à notre tour pour ces confrères vivant à l’autre bout du monde. »
Quelques mois plus tard, ils s’envolaient vers Mekhé situé entre Dakar et St-Louis. Comme le confiait Stéphane à son retour, ce séjour « a été culturellement vôtre… Falilou nous a reçu en grand et nous a montré plein d’aspects de sa vie de paysan. » La famille Vaillancourt en a profité pour annoncer aux leaders de l’organisation la nouvelle d’une levée de fonds organisée par leur syndicat de base de l’UPA, celui de Coaticook. Les paysans sénégalais ont été grandement touchés. L’argent recueilli contribuera à un fonds rotatif qui permettra aux familles participantes du programme Les Savoirs des gens de la terre (LSGT) de financer des projets d’amélioration de leurs entreprises agricoles.

Les actions, les projets et les programmes d’UPA DI sont centrés autour des cinq axes d’interventions suivants. Cliquez sur chacun d’eux pour découvrir de quelle façon ils se traduisent dans la pratique...
Développement de la production et mise en marché collective
Développement et soutien à l’approche filière
Le rapprochement des productrices et producteurs d’ici et d’ailleurs











